mercredi 5 avril 2017

Le lyrisme et le traducteur (partie 2)

Nous découvrons alors une autre poésie dont les buts sont variés.

Tout d’abord, la poésie semblerait n’avoir d’autre dessin qu’elle. En effet, « L’art pour l’art » est selon Gautier le plus important. Ainsi, les parnassiens au XIX siècle glorifient le travail du poète traducteur et non pas l’évocation sentimentale. Il s’agit d’une poésie travaillée où la maitrise de la langue est mise à l’honneur. Les poètes et les traducteurs  utilisent également des formes fixes comme le sonnet pour leur beauté et perfection. On retrouve souvent des métaphores filées comme celle de la sculpture. Le Sonnet en X de Mallarmé symbolise cette volonté d’une poésie travaillée. En effet, les rimes sont en « yx » et reprennent le thème de la sculpture, « onyx ». Nous retrouvons l’expression sentimentale avec le terme « angoisse ». Cependant ce n’est pas le dessein de cette poésie, il s’agit d’un tremplin pour arriver à l’art parfait. Ainsi, cette poésie devient universelle, sans but à part elle-même. Des sentiments peuvent être évoqués mais il ne s’agit que d’un motif littéraire pour atteindre une perfection du langage originel et traduit.

De plus, la poésie peut être également épique. C’est-à-dire, une poésie où des personnages évoluent dans un univers imaginé par l’auteur et le traducteur. En effet, Homère est l’un des premiers poètes à évoquer dans l’Iliade et l’Odyssée les aventures et les guerres de personnages mythologiques comme Ulysse ou Achille. Ces héros vivent des aventures à travers des vers construits et réguliers. Ces poèmes épiques sont alors la base de la culture hellénique, mais aussi de notre culture occidentale. Cette poésie a un impact fort sur la littérature et aussi sur l’art en générale. En effet, elle a été adaptée au cinéma maintes fois comme en 2004 avec le film Troie. On retrouve d’autres auteurs et traducteurs littéraires qui exploitent le caractère épique de la poésie comme Virgile mais aussi Voltaire. Il publie la Henriade en 1723, ce poème épique comprend 10 chants et des alexandrins qui sont un hommage vibrant à Henry IV et à la tolérance. Ce philosophe des lumières prend la place de ce célèbre Roi de France pour démontrer la nécessité de la liberté de culte. La poésie épique est alors selon Domairon : « L’Épopée est le récit poétique d'une action héroïque et merveilleuse. Le récit est ce qui la distingue de la tragédie et ce qu'elle a de commun avec l'histoire ; le récit poétique, c'est-à-dire orné de fictions, est ce qui la distingue de celle-ci ; l'action héroïque est ce qui la distingue des petits poèmes et du roman, dont le fond est toujours une historiette ou une intrigue amoureuse. L'action merveilleuse est ce qui la caractérise essentiellement ». Ainsi, la poésie est un genre hétéroclite passant du sonnet lyrique au long poème épique pouvant concurrencer avec de nombreux romans ou des pièces tragiques.

Enfin, la poésie reflète aussi l’engagement de l’auteur. En effet, ce dernier peut défendre à travers ses œuvres poétiques ses idéaux et dénoncer l’injustice. Le poème peut servir d’arme simple et efficace contre la perfidie de l’Homme. Les Fables de La Fontaine sont des poèmes où le fabuliste distille une morale comme dans La cour du Loin où il conseille à l’homme de se montrer prudent à l’égard des puissants. De plus, Victor Hugo dans son poème Souvenir de la nuit du 4 dénonce le coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte. « L'enfant avait reçu deux balles dans la tête. », son premier vers résume l’injustice et l’horreur de cette action politique qui induit des actes injustifiés. D’autres poèmes d’Hugo comme Melancholia, reflètent son engagement politique et sa lutte contre la misère. Plus tard durant la Seconde Guerre Mondiale, Eluard révèle son engagement résistant dans son poème Liberté qui dans un premier temps était lyrique et célébrait son amour pour la femme. Par la suite ce poème devient un éloge à cette liberté perdue que le poète veut retrouver en résistant.  En effet, à la fin de ce long poème construit sur des parallélismes et des anaphores, Paul Eluard finit par retrouver cette liberté :

« Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté. »

Ainsi, la poésie permet de souligner l’engagement du poète en dépassant l’aspect sentimental et combattant pour ses idéaux.

En conclusion, la poésie est traditionnellement connue pour l’évocation des sentiments du poète et de son traducteur. Cette poésie permet une remise en question du poète mais aussi du lecteur. Cependant, la poésie ne se borne pas au lyrisme. Il s’agit d’un genre littéraire riche, qui permet même de raconter des épopées. Mais finalement, la poésie ne semble pas avoir un but défini, ce dernier change selon l’appréciation du poète. A vrai dire, il s’agit aujourd’hui d’un genre libre qui permet l’expression de la pensée.

Cependant, la poésie n’est pas le seul moyen d’exprimer ses pensées et ses idéaux, il existe dans l’Art de nombreux moyens comme le cinéma, la peinture ou la chanson.


mardi 4 avril 2017

Le lyrisme et le traducteur



“Peuples ! Ecoutez le poète !  Ecoutez le rêveur sacré ! ». Ainsi, Victor Hugo déclame l’importance du poète et de la poésie. Cependant, le poète est toujours décrit comme ce « rêveur sacré », il s’agit du mythe du poète traducteur inspiré, éclairé par un esprit divin, remontant au temps de Platon. La poésie serait alors une manifestation divine que le poète vit à travers ses sentiments. Ainsi, née la dimension lyrique de la poésie. Cependant, le mot poésie dérive lui-même du verbe grec « poien » qui signifie « créer ». Aussi, le poète est celui qui crée à partir de mots. Son travail est vu comme l’aboutissement de la perfection du langage. Il est alors légitime de se demander à quoi est destiné ce genre littéraire. Nombreux sont ce qui le décrive comme l’aboutissement de l’expression sentimentale du poète. Il s’agirait alors d’un genre purement lyrique dont le but est l’évocation des sentiments. Dès lors, nous pouvons nous demander si la poésie n’est que l’épanchement lyrique du poète.
Dans un premier temps, nous évoquerons l’aspect lyrique de la poésie qui permet à l’auteur l’expression de ses sentiments. Dans un second temps, nous mettrons en avant d’autres aspects de l’écriture poétique qui font la richesse de genre littéraire.

D’une part, le genre poétique est destiné à l’expression sentimentale du poète.
Tout d’abord, la poésie est née en Grèce antique et dérive du mythe d’Orphée qui met en valeur l’aspect lyrique de ce genre. Orphée est déclamé par Ovide et ensuite, par Virgile comme ayant un don réel pour la musique et la composition. Ainsi, Apollon, dieu de la lumière, lui offre une lyre à sept cordes, d’où dérive le mot lyrisme. Ce héro mythique est reconnue pour avoir surmonté toutes les difficultés grâce à sa prose. En effet, par amour pour Eurydice, il est allé jusqu’en enfer. Le poète traducteur est alors symbolisé par le personnage d’Orphée. Il s’agit d’un héros qui par sa poésie sentimentale émeut même les dieux des enfers. Ce mythe, symbole du lyrisme poétique, est repris maintes fois dans la littérature. En effet, Apollinaire en 1910 décrit la poésie d’Orphée comme « la voix que la lumière fit entendre ». Et plus tard, Sartre compare Senghor, poète africain, à un « Orphée noir » car il doit puiser dans son être la force pour écrire ses poésies aux émotions profondes qui résultent d’une lutte pour la négritude. Ainsi, Le mythe d’Orphée et Eurydice rappelle la nature lyrique de la poésie qui a pour dessein charmer et émouvoir.
De plus, la poésie lyrique résulte d’une tradition littéraire traduite en plusieurs langues. En effet, le sonnet illustre cet idéal poétique où le texte doit charmer et émouvoir le lecteur ou la lectrice. Nous nous referons à la poésie « courtoise » où l’amour est une vertu noble que chaque chevalier doit posséder. Comme le souligne Marie de France dans le Lai de chèvrefeuille : « ni vous sans moi, ni moi sans vous », ce vers suggère alors l’importance de la poésie amoureuse. Plus tard, le sonnet né en Italie, de la prose de Pétrarque nous retrouvons cet idéal féminin, Laure, qui est une source de sentiments poétiques. Louise Labé, Du Bellay, ou encore Ronsard utilisent ce même thème de l’amour qui leur inspire des sentiments dualistes, que l’on reconnait dans ce vers de Labé « je vis, je meurs ». Ces poètes humanistes mettent en place les fondements de la poésie et de la langue française. Ils deviennent alors un modèle pour différents courants poétiques comme La poésie précieuse qui reprend le thème de La belle Matineuse. Et plus tard, Baudelaire, le poète moderne par excellence, usera la forme poétique du sonnet pour exprimer l’ambigüité amoureuse, comme dans son poème A une Passante. Ainsi, nous comprenons en quoi la forme poétique est indissociable de l’expression des sentiments.
 Cependant, la traduction de la poésie lyrique n’est pas bornée à l’épanchement de sentiments amoureux et la forme du sonnet. En effet, la poésie permet une liberté que ne permettent pas les autres genres littéraires. Il n’y pas de longueur définie, ni de structure imposée, les interprétations elles-mêmes peuvent être multiples. La poésie permet alors à l’auteur d’ouvrir son esprit, comme le fait Baudelaire dans Les Fleurs du Mal.  En effet, il dit lui-même ce qu’il ressent dans ce recueil autobiographique de plus de 120 poèmes, « Le diable […] je le sens en moi ! », ainsi, il exorcise ses propres douleurs à travers une poésie nouvelle mais sentimentale.  Le poète fait part de ses angoisses et ses difficultés, « Que les jours de malheur ? », Lamartine, dans Le Lac, se demande la place du bonheur dans la vie d’un homme. De plus, la femme est pour le poète un tremplin pour l’expression sentimentale. Cette poésie lyrique va plus loin que l’amour car la femme y est idéalisée, elle représente l’état d’esprit du poète plus que la femme en elle-même. Dans le poème Elle était déchaussée de Victor Hugo la jeune fille symbolise une volonté d’évasion du poète, une fuite de son époque où tout est si faux et complexe. Baudelaire incarne ce Spleen, cette fuite du temps, il utilise un lyrisme « noir » pour dénoncer ce mal être intérieur, ce « venin ». Finalement, cet épanchement sentimental permet aussi au lecteur de ce reconnaître dans cette poésie qui transcende le langage pour toucher l’essence de l’esprit humain.

Nous pouvons ainsi dire que le poète use de la poésie pour exprimer ses sentiments. Cependant, ce genre littéraire ne se borne pas seulement au lyrisme, il est, aujourd’hui, composé de milliers de poésies traduites aux thèmes variés.

(première partie)

mercredi 29 mars 2017

Entre amour et poésie comment se place le traducteur?

Ce corpus, présenté à un traducteur littéraire, est composé de quatre poèmes d’époques et d’auteurs différents. En effet, « A Fanny » est une poésie composée de cinq sizains et publiée à titre posthume d’André Chénier, poète précurseur du romantisme, en 1819.  Ensuite, le deuxième texte est un sonnet s’intitulant « Causerie », écrit par Charles Baudelaire, célèbre poète se trouvant entre le romantisme et le symbolisme. Ce sonnet est issu du recueil Les Fleurs du Mal qui suscita de nombreuses controverses en 1857. Puis, le poème en prose de Louis Aragon, auteur engagé, « Le rendez-vous perpétuel » nous est proposé. Il est extrait du recueil Amours publié en 1947 et appartenant au courant surréaliste. Enfin, le dernier poème est un sonnet régulier de Louise Labé, poétesse humaniste. Il s’intitule « Sonnet II » et est issu des Œuvres publié en 1555.

Le traducteur va établir un rapport entre ces différentes écritures poétiques qui traitent de l’Amour et des sentiments contradictoires qu’il fait naître. Dans un premier temps, nous évoquerons les procédés qui suscitent la joie, et ensuite, ceux qui suscitent la souffrance du poète. La traduction devra alors retranscrire cette dualité.

Tout d’abord, les poèmes, à traduire, présentés dans ce corpus sont lyriques, et sont l’aboutissement des sentiments amoureux des poètes. La comparaison permet à l’auteur de faire ressentir ces sentiments au lecteur. En effet, Baudelaire compare les yeux d’une femme à « des fêtes » v.13 et « du feu », ce qui rend le regard de la femme heureux et festif. De plus, on note de nombreuses métaphores filées, comme dans le poème d’Aragon. L’amour est comparé à un souffle omniprésent pour le poète, « foulée », « vent », « s’envole ». Elsa est également comparée à la mer à travers les termes « emporte », « navires » et « plongeurs », elle semble être bienfaisante et symbolise un élément vital pour l’auteur. Chénier utilise également la métaphore, en effet, la femme est assimilée au paysage. Le vers 18 le souligne « ton aspect […] en ces lieux » ou encore la description de cette femme qui a lieu uniquement de ce paysage « sur ce gazon assise »v. 22. La être féminin est également idéalisée et comparée à un objet divin à travers les termes « divins le ciel » v.4 et « sage » v.11, elle est le symbole de la douceur, « miel »v.11. Ensuite, les poètes usent de l’anaphore pour souligner la joie et l’exaltation apportées par cet amour. En effet, Louise Labé utilise l’anaphore vocative « Ô » pour énumérer les qualités de son amant dans le premier quatrain. Chez Aragon, on comprend que l’amour est universel à travers le parallélisme de construction au vers 17 et 18. Il utilise également l’anaphore « c’est toi » qui connote de l’importance de cette femme aimée dans sa vie et l’omniprésence de cette amour. La syntaxe souligne également la force des sentiments et l’exaltation, comme les nombreuses exclamations des poèmes de Baudelaire, Labé et Chénier. D’autre part, chez Aragon, cet enthousiasme est transcrit par de longues phrases et accumulations de noms juxtaposés. Enfin, le mélange des sens appelé synesthésie, montre l’harmonie parfaite crée par l’amour. Elle est très présente chez Baudelaire, à travers les termes « clair et rose »v.1 qui évoquent la vue, les mots « gorge nue », « lèvre » se rapportent au touché et le « parfum » à l’odorat. On peut dire que les poètes usent de nombreux procédés pour illustrer la joie procurée par leur amour, le traducteur transpose ces procédés dans une autre langue. Mais cet amour porte la marque d’une dualité entre douleur et gaieté, qu'il faut retranscrire dans la traduction.

Dans un second temps, les poèmes reflètent la souffrance du poète, que le traducteur doit souligner, par rapport à cet amour souvent éphémère et idéalisé. En effet, les antithèses, comme « heureux mortel » du poème A Fanny ou « palais flétri » de Causerie, révèlent la dualité qui est présente chez dans cet amour. On découvre un aspect négatif de l’amour qui consume l’auteur amoureux. La personne du poète est désignée à travers le pronom « je » auquel sont associés des champs lexicaux péjoratifs comme celui de l’errance chez Chénier, ou encore celui du désespoir chez Labé. Baudelaire procède à une métamorphose de la femme tout d’abord idéalisée et puis, animalisée en une bête assoiffée d’amour, « griffe et dent féroce de la femme ». Cependant, le poète n’est plus capable d’aimer. Ce sentiment est renforcé par la syntaxe des vers, notamment l’enjambement au vers 6 qui souligne le terme saccagé. On retrouve une syntaxe particulière chez Chénier. En effet, il y a très peu de ponctuation ce qui peut marquer le désespoir du poète mais aussi une course pour rattraper l’être aimé. L’auteur est à la poursuite de cet amour, il semble suivre la femme sans pouvoir la rattraper, cet aspect est renforcé par les allitérations en « s » qui connote une fuite de l’amour, trop court. On retrouve des allitérations péjoratives chez Baudelaire, et également à la rime comme le son « ame », « er » ou « ose » qui semblent refléter un mal-être du poète, amant. De plus, l’énumération au vers 10 renforce cet image tu poète qui se tue dans cet amour. On retrouve également l’anaphore vocative « ô » chez Labé associée aux termes péjoratifs ce qui crée un parallèle entre le désespoir et la passion amoureuse.  Enfin, cette dualité entre joie et souffrance provoquée par l’amour peut être résumée par l’opposition entre différents champs lexicaux de la beauté et nature et ceux de l’errance et du désespoir. Le traducteur devient lui-même poète mais ne doit changer en aucun cas changer la nature du texte.

 En conclusion, à travers la poésie lyrique les poètes évoquent leurs sentiments. Ici, il s’agit de la dualité entre joie et souffrance suscitée par leurs amours passionnels. Cet aspect est retranscrit par des procédés stylistiques qui apportent chacun une nouvelle dimension au poème qui sera traduit pour être diffusé dans le monde entier.

mardi 21 mars 2017

Entre traduction et littérature



La littérature comprend un monde vaste et diversifié d’œuvres dont les genres et les styles sont tous autant particuliers et intéressants les uns que les autres. De la poésie, au roman en passant par le théâtre, les ouvrages littéraires ont peu en commun à part peut-être le fait qu’ils sont tous composés de mots. Et à vrai dire, la prose elle-même varie avec les auteurs, la langue et la culture. 

En effet, chaque phrase et mot de l’écrivain se réfère à une habitude de penser, une familiarité avec certains sujets qui ne sont pas évidentes pour un lecteur étranger.  La compréhension des œuvres littéraires et donc leur traduction font alors appel à des connaissances toutes particulières. 

C’est là qu’entre en jeu le concept de TRANSCREATION. Il s’agit de trouver le juste équilibre entre rigueur et création pour ancrer l’ouvrage dans une nouvelle langue et culture. Le traducteur et l’agence de traduction littéraire vont alors personnaliser leur service et en faisant preuve de créativité diffuser l’œuvre littéraire dans le monde entier.

dimanche 12 mars 2017

L'anthologie des yeux du traducteur poète

Cette anthologie, traduite en italien par le traducteur littéraire Elisabetta Bertinotti, regroupe une dizaine de poésies sur le thème fascinant des yeux. Cette thématique peut sembler surprenante et peu intéressante, mais au fil de la lecture et de la réflexion on se rend compte que les yeux sont le lien entre le monde extérieur et nous-même. En effet, « les yeux sont le miroir de l’âme », ils symbolisent dans bien des croyances le savoir, l’espoir ou encore le divin. On pense bien sûr au Troisième Œil des enseignements asiatiques comme le Bouddhisme et le Taoïsme. Il représente la « vue de l’esprit » qui permet de lever le voile de l’illusion et de voir la vraie nature de l’esprit. Cependant, l’œil divin existe aussi dans le Christianisme. Le Saint Esprit est souvent représenté comme un œil dans un triangle, symbolisant l’ubiquité de Dieux. Ainsi, l’œil s’apparente à un monde supérieur à celui humain. Ce thème du divin est repris par Coppée dans son poème Les yeux de la femme. En effet, à travers ces vers libres inspirés de la Genèse, le poète propose une image de la femme comme fruit de la création divine, dont la plus grande perfection est dans le regard.

A vrai dire, l’œil n’est qu’un organe complexe, destiné à la réception des influx visuels. C’est alors lui qui nous permet de voir le monde tel que nous le percevons. Il s’agit du sens le plus développé chez l’Homme, monopolisant et contrôlant les autres sens. En effet, certains poètes décrivent à travers les yeux de la femme leur corps tout entier comme le poème de Charles Cros, À Mlle S. de L. C, où les yeux monopolisent la description, comparés à des « saphirs » qui rayonnent sur tout le corps féminin. Ainsi, les yeux nous semblent d’une importance capitale, il nous serait impensable de pouvoir appréhender le monde sans nos yeux. Les poètes ont alors repris ce thème à leur compte depuis bien des siècles. A travers des sonnets mais aussi des vers libres, ils soulignent la beauté de l’œil, notamment celui féminin mais aussi son aspect énigmatique. « L'homme a des yeux pour voir, la femme en a pour être vus. », ici, Adolphe d'Houdetot démontre le double aspect de l’œil. Il s’agit d’un thème inspirant qui intrigue car même si on reconnait l’importance cruciale des yeux dans l’expression des sentiments, on ne peut pas voir nos propres yeux. Ainsi, ils nous trahissent, comme le souligne Louise Labbé, dans son poème presque autobiographique, Tant que mes yeux pourront larmes épandre. Ce poème a un intérêt tout particulier car il nous permet d’avoir un point de vue féminin (même si l’existence de la poète est contestée), sur la question de l’œil et de la relation amoureuse.

L’œil ne se résume pas à la perception du monde, il aussi s’agit d’un regard, un tout qui nous caractérise. Tout comme on peut reconnaître une personne au son de sa voix, on peut la reconnaître à son regard. Ainsi, dans leurs vers les poètes décrivent le regard comme un trait de caractère palpable. En effet, Baudelaire dans son poème Les yeux de Berthe personnifie les yeux en s’adressant à ces derniers comme à la femme. Ces yeux évoquent également une magie, un aspect enfantin, « mon enfant » répété plusieurs fois. Alors, les yeux et le regard serait la meilleure façon de caractériser l’être aimé. Théophile de Gautier, à travers son sonnet A deux beau yeux, compare les yeux à des pierres précieuses comme Charles Cros. Il s’agit d’un thème cher aux romantiques, les yeux sont des cristaux révélateurs de l’âme. Ils sont également le symbole d’un amour parfait. En effet, à travers six quatrains, Aragon résument les yeux de l’être aimé comme la perfection mais également le but de sa vie. Dans Les Yeux d’Esla, ils symbolisent le « paradis » d’Aragon, sa passion amoureuse.

Cependant, l’œil ne représentent pas uniquement la femme, l’amour ou encore la perfection. Il incarne également la vie et l’espoir. En effet, T.S Eliot dans son poème The Hollow Men (Les hommes creux, traduit par Pierre Leyris) dépeint un paysage dévasté où les hommes semblent perdus et déshumanisés. Les yeux ici représentent l’espoir et leur absence condamne les hommes à la mort. Ainsi, ces derniers deviennent aveugles, non pas par la vue, mais à force de voir les atrocités commises par la Première Guerre Mondiale. Le regard ici, représenté est celui de l’humanité, il s’agit d’un tout. Ainsi, les yeux évoquent un autre monde utopique où l’on pourrait vivre en harmonie. C’est également ce que suggère Eluard dans son poème Les yeux fertiles. Il commence par décrire la femme aimée par ses yeux qui au fil du poème nous permettent de voyager. Ces yeux énigmatiques sont ambigus car ils empêchent de poète de dormir mais l’obligent à rêver. Ainsi, le regard de cette femme inspire la liberté de l’esprit, cette liberté féminine dépeinte également par Eugène de La Croix de siècles plutôt.

Ainsi, le choix des poèmes de ce recueil ne laissent rien au hasard. Nous avons voulu retracer à travers les siècles l’évolution poétique de l’œil et du regard. A travers les siècles, on retrouve que l’œil garde son aspect lyrique et spirituel, mais il évolue également pour représenter un Tout et un Idéal par opposition au mal et la cruauté de l’homme. L’œil perd alors son aspect humain même s’il est porté par les femmes, ces dernières deviennent elles aussi une figure de la perfection.

Les illustrations accompagnants les poèmes, cherchent à faire un rapprochement et un lien entre les époques où l’on retrouve des problématiques communes comme la perte de l’être aimé, ici soulignée par la miniature de Charlotte Salomon et le poème de Louise Labbé, ou encore l’aspect envoutant des yeux évoqué par Aragon et dépeint des siècles plutôt par Léonard de Vinci. En effet, l’Art est un tout, les différents moyens d’expression artistique que sont l’écriture (la traduction) ou la peinture et même la musique se complètent. C’est pour cela que nous avons choisi une chanson de Corneille qui rappelle l’aspect indissociable de la poésie et la musique.

Enfin, cette anthologie représente un travail de recherche méticuleux et une volonté « d’ouvrir les yeux » du lecteur pour l’inciter à la découvrir la poésie et à la pousser encore plus loin la réflexion sur la question de l’Homme. Cette volonté qu’on tous les poètes depuis des siècles et dans le monde entier, de permettre aux hommes et aux femmes de s’instruire.

lundi 6 mars 2017

La traduction littéraire et 5 poèmes des Fleurs du Mal, Baudelaire, 1858

La traduction littéraire moderne requiert une connaissance pointue de la littérature. C’est pourquoi, je vous présente quelques poèmes des Fleurs du Mal, chef d’œuvre de la littérature française, comprenant 100 poèmes presque autobiographiques de Charles Baudelaire.

Le premier poème s’intitule Spleen LXII et fait partie de la première section du recueil : « Spleen et Idéal ». Il clôt la série des quatre Spleen et reprend le thème cher à Baudelaire du « Spleen », mot empreinté à l’anglais signifiant à cette époque, l’angoisse liée à la modernité. Ce qui fait le charme particulier de ce poème est l’évocation de ce monde affreux mais envoutant décrit par le poète. Cependant, ce poème reste objectif et universel. Comme le veut Baudelaire, le Spleen est empreint d’une « impersonnalité volontaire ». Cette poésie semble être une peinture du monde angoissé qui habite le cerveau de l’auteur. Les nombreuses comparaisons entre des concepts que l’Homme ne peut toucher tels que le « ciel » ou l’ « Espérance », et des objets du quotidiens comme un « couvercle » rendent le Spleen réel et palpable. De nombreux termes péjoratifs tels que « pourris » ou encore l’oxymore « jour noir », nous permettent de comprendre ces passages entre le monde extérieur et intérieur du poète. Ce dernier se transforme en une « vaste prison » qui ronge le poète. Enfin, le charme particulier du poème est dû à une peinture réaliste et précise de ce monde à l’intérieur de notre esprit où vivent nos espoirs et angoisses sans nom, ni réalité. Le poète réussit à poser des mots sur l’indicible.

Le deuxième poème s’intitule La mort des artistes, il clôt le recueil et le voyage poétique de Baudelaire. Ce qui fait le charme de ce sonnet est le mélange de la mort et de l’artiste. Baudelaire nous fait découvrir la réalité de l’artiste. Cet artiste semble être comparait au fou du Roi par les termes « grelots », « caricature ». Le poète en fait un portrait péjoratif à travers les noms « sanglots »et « damnés ». Le sonnet, emblème de la poésie classique, permet de souligner la grandeur du poète, mais finalement Baudelaire en conclut que plus il écrit plus il se perd. Ainsi, l’artiste devient un être fou en recherche de l’impossible, leur « Idole », la perfection. Pour clore son recueil, ce poème est alors une ultime péripétie poétique qui nous plonge vers l’inconnu et le nouveau à travers le thème d’une mort psychologique et un renouveau.

Le troisième poème s’intitule L’Horloge, ajout de l’édition de 1861. Ce dernier est composé de six quatrains, inspiré du poète Gautier. Ce qui fait le charme de ce poème est la personnification de l’Horloge et même du temps qui débute avec une interjection « Horloge ! ». De plus, le thème de ce poème est universel de par les termes en différentes langues. L’horloge devient une allégorie du temps qui passe et donc de l’angoisse de l’Homme à son égard. Ce poème est riche en exclamation ce qui interpelle le lecteur. Ainsi, Baudelaire reprend la thématique de la fuite du temps de façon réelle et intense.

Le quatrième poème est un sonnet intitulé La beauté faisant partie de la section « Le spleen et l’idéal » des Fleurs du Mal. Ce poème a pour thème la Muse et la Beauté. En effet, Baudelaire utilise la métaphore de la sculpture et de la matière tout comme dans le parnasse. La femme devient le guide de l’artiste. Le poète souligne l’importance de la muse mais également la difficulté de l’artiste à la comprendre et à retranscrire sa beauté fascinante. Dans, ce poème, la femme n’est citée que par des synecdoques comme « yeux ». Elle a un aspect universel et reposant, immobile comme la beauté des grands monuments. Ainsi, Baudelaire souligne l’importance de la muse et finalement attribue une place à la Femme dans la création artistique.

Le dernier poème, composé de seize distiques, s’intitule Abel et Caïen et fait partie de la section « Révolte » du recueil. Il fait référence à l’épisode biblique où Caïen tue Abel par jalousie et fut punit. Dans ce poème, on observe pour les douze premiers distiques deux anaphores, sa forme particulaire crée son charme. Ensuite, Baudelaire utilise de nombreux termes péjoratifs comme « meurs », « supplice » concernant Caïen. Ce qui suscite la pitié du lecteur, alors que Abel est décrit comme profitant de la vie au dépende de son frère, « chauffe ton ventre » contre « tremble de froid » pour Caïen. Cette opposition crée alors une inversion des valeurs confirmée au dernier distique. Après la justification de l’acte de Caïen, Baudelaire le place au Cieux à la place de Dieu. Ainsi, l’inversion des valeurs bibliques permet un questionnement de nos valeurs et souligne une volonté de révolte chez le poète.

La courte analyse de ces quelques problèmes permet de mieux comprendre l’état d’esprit et les angoisses du célèbre poète. Ainsi, il est dur de retranscrire la puissance des vers de Baudelaire dans une traduction 'transcréé', on peut y perdre la dimension mystérieuse et complexe si caractéristique du poète. C’est pourquoi le traducteur littéraire doit constamment enrichir sa culture pour réussir à retranscrire les vers poétiques.


vendredi 3 février 2017

Le trois vers du traducteur littéraire - partie III - "Se connaître, Plaisir et Souffrance"

Le traducteur littéraire français maîtrise les mots et les sentiments....

Se connaître soi-même, c’est s’oublier. Et pour s’oublier, il faut parler un langage incompréhensible. S’oublier permet d’être avec toute chose et de retrouver son œil de nouveau-né. Les mots qui suivent sont-ils compréhensibles ?

Un jour, je serai la mouche inoffensive et omniprésente.
C’est elle qui est venue à moi
et elle est désormais partout.
Elle emplie mon être et je lui rends grâce.
Elle est le non-sens et le sens

Ainsi va la vie !
Elle tourne autour de moi
C’est l’ordre des choses.
Aucun mot ne peut décrire cette sensation subtile.

Et c’est amusant de le dire,
Sens et non-sens tournent autour de moi.
Ainsi parle mon Soi.


Et je l’écoute avec intensité sans fin ni commencement.
Libre du Moi et intégrant pleinement ce monde oublié.
Mouche, grenouille et lotus,
Que dire de plus !

Plaisirs et de souffrances sont notre labyrinthe quotidien. Goûter aux plaisirs et limiter les souffrances semblent être la voie mais c’est une illusion. Notre sincérité profonde est Le fil d’Ariane. Naissances et morts sont autant de chances de gagner cette partie du jeu. Ayons la connaissance de notre connaissance puis oublions-la et passons à la phase suivante. 

dimanche 29 janvier 2017

La traduction Littéraire - Analogie entre le Théâtre et le match sportif - Ier Partie

Tout d’abord, le théâtre peut être vu comme un affrontement sportif.
Ils ont tous deux pour but de distraire le spectateur. En effet, à travers les différentes représentations et mises en scènes, le théâtre devient incertain comme l’issue d’un match. Louis Jouvet a également souligné qu’ « une œuvre classique est une pièce d’or dont on a jamais fini de rendre la monnaie ». Il met alors en avant la multitude de représentations possibles d’une pièce de théâtre et souligne l’importance de la traduction littéraire. Il a lui-même mis en scène en 1951 Bérénice, pièce tragique de Racine du XVII° siècle. De plus, le théâtre devient un rituel pour le spectateur ; il se prépare plusieurs jours avant de la même façon pour un match ou une représentation. Ceci lui permet de s’échapper de son quotidien, en effet comme l’a souligné Corneille dans Les Illusions Comiques : « Le théâtre ravit tout Paris ». D’où l’importance de la traduction qui permet d’étendre ce plaisir au monde entier. Ainsi, Corneille met en avant la distraction permise par une pièce. Le théâtre peut également être vu et lu chez soi tout comme le sport. Avec les avancées technologiques comme la télévision ou internet ces deux distractions se sont vulgarisées et rependues, cependant sans la traduction littéraire cela aurait était impossible. Ainsi, à travers l’incertitude des représentations et son accessibilité, permise par la traduction, le théâtre devient une distraction au même titre que le sport. De plus, le théâtre est, comme le souligne Ionesco, « antagonismes en présence […] volontés contraires », cela signifie que lors d’une pièce le spectateur assiste à un affrontement entre deux camps comme lors d’un match. Ce principe parfaitement illustré par la comédie de Molière, Tartuffe, où deux camps les « pour Tartuffe » et les « anti-Tartuffe » s’affrontent. La pièce est alors une bataille pour expulser le faux dévot, tartuffe, de la famille. On retrouve dans la pièce Rhinocéros de Ionesco, Bérenger qui lutte seul contre la « Rhinocérite » qui n’est autre que le totalitarisme. Ainsi, avec l’aide de la traduction littéraire, le théâtre devient une bataille universelle et un combat où chaque personnage défend ses idées antagonistes. De plus, le spectateur prendra parti durant la pour une équipe lors d’un match. Le même sentiment advient lors d’une pièce de théâtre. Le dramaturge utilise des procédés, comme l’hyperbole ou la métaphore, et des registres tels que le pathétique ou le fantastique pour éveiller les sentiments des spectateurs. C’est là que réside la difficulté et la subtilité de la traduction littéraire qui doit retranscrire la volonté de l’auteur et éveiller les mêmes sentiments chez le spectateur. Racine dans Phèdre utilise ces procédés comme le registre pathétique pour susciter la pitié du spectateur. Ainsi, le théâtre est un match où les personnages se battent pour défendre des idéaux que le spectateur défendra ou non. Enfin, le théâtre possède un rythme et une dynamique préparée à l’avance. En effet, les dialogues sont rythmés à l’aide de procédés et du style du dramaturge. Le dramaturge peut varier l’intensité des affrontements et des dialogues, ce qui se passe également lors d’un match sportif. Cette variation de rythme est permise par la longueur des répliques, en effet, les stichomythies accélèrent le rythme du récit. La traduction doit alors transmettre cette même rythmique à son lecteur étranger. De plus, l’auteur peut jouer avec les registres, les figures de style, ou encore les exclamations pour ralentir ou accélérer ce combat les personnages, à l’instar du match sportif, la pièce à ses hauts et ses bas. De plus, les sportifs ont besoin d’entrainement et de préparation pour être performants. Il en est de même pour les acteurs qui répètent des semaines, voire des mois avant une représentation. Ainsi, le théâtre est un exercice long et laborieux pour aboutir à une représentation rythmée et dynamique.

Nous pouvons alors dire qu’une pièce de théâtre est semblable à un match, de par la distraction qu’elle amène, ses affrontements entre les personnages et son dynamisme préparé. Cependant, comme toute analogie, cette comparaison a ses limites.   

mardi 24 janvier 2017

Le trois vers du traducteur littéraire - partie II - "L'Existence Le Travail La Realité"

La traduction, vue comme un horizon humain et cosmopolite. Traduire, c’est éprouver jusqu’à quel point les langues entretiennent entre elles un rapport intime. La traduction les fait converger à l’infini....

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Exister, c’est déjà la perfection. Seules les choses parfaites peuvent être dans cet univers. Dès lors qu’elles se dégradent, elles disparaissent dans un autre univers. Notre univers est celui de l’Existence. Réussir à entrevoir un autre univers, c’est comme être un poisson sauteur.

Le travail est un processus de transformation inhérent au cosmos lui-même. Trop ou trop peu de travail mène à l’autodestruction. Une branche avec trop de fruits se cassera et une branche sans fruit sera sans nouvelle vie. Produire plus que notre énergie nous le permet et laisser stagner l’énergie, c’est ouvrir la porte à la maladie.

Les mots sont la métaphore de la réalité. C’est pourquoi l’insulte est le reflet de l’ignominie et la poésie transpose une conscience joyeuse.

lundi 23 janvier 2017

Le trois vers du traducteur littéraire - partie I - "L'Esprit L' Alcool L'Argent"

Quand le traducteur professionnel devient écrivain:

L’esprit est l’intervalle qui se trouve entre la terre et les étoiles. Il est la pluie qui donne la vie mais aussi les nuages qui nous cachent les étoiles. Nous naissons sur terre et nous devons savoir mourir dans les étoiles, en dissipant ces nuages. Il suffit de se laisser guider par notre étincelle divine pour apprécier ce voyage paisible.

L’alcool, c’est comme le feu. C’est joyeux et rassurant, mais c’est dangereux car ça brule et tue. Il faut faire preuve de dextérité et de maîtrise pour se réchauffer sans se brûler. L’alcool doit être vertical, dans la profondeur et l’élévation du moment présent, et non pas horizontal, dans la superficialité et la monotonie du quotidien.

Peu de différence entre l’argent et la viande séchée. En temps d’abondance, il faut faire ses provisions pour se faire plaisir dans les moments de disette. Avoir trop de viande séchée ou vouloir la conserver indéfiniment est inutile car elle pourrira et fera mourir de famine votre semblable.


Auteur: Charles Chaouat - 2016

dimanche 22 janvier 2017

Analogie entre le Théâtre et le match sportif - Introduction

“On est ravi au théâtre, on croit ce que l’on voit”, ainsi Anne Ubersfeld nous présente le théâtre comme une distraction telle que les sports ou un match. En effet, une pièce de théâtre est une représentation où des acteurs entrainés jouent un rôle que les spectateurs admirent et qui leur permet de s’échapper du quotidien. Au même titre que le sport, il s’agit d’un affrontement entre les personnages, qui à travers l’analogie d'Eugène Ionesco : « Il faut aller au théâtre comme on va à un match », sont comparés à des équipes antagonistes, défendant leurs idéaux. La traduction littéraire permet alors de retranscrire cette force du jeu dans plusieurs cultures et langues, afin que les pièces ne perdent pas leur naturel.

Dès lors, nous pouvons nous demander ce qui justifie cette comparaison et quelles en sont les limites ?

Dans un premier temps, nous étudierons les points communs entre le théâtre et le match sportif. Et dans un second temps, nous mettrons en relief leurs différences.

lundi 16 janvier 2017

L'amour en vers : le traducteur littéraire devient poète

Le traducteur littéraire se libère dans la création d'un poème sur l'Amour.

Le véritable amour est un espace de liberté.

C’est la liberté que l’on prend d’être aimé tel que l’on est, sans masque et sans mensonge, en étant tout simplement, avec tous nos côtés sombres.

C’est la liberté que l’on laisse à l’autre de s’en aller pour mieux se comprendre, pour mieux se trouver, sans l’emprisonner dans nos mensonges.

Le véritable amour ne peut être reçu que s’il a été donné.

L’amour est un espace de liberté où chacun des partenaires peut devenir la meilleure version de lui-même ou d’elle-même et ensuite partager cette meilleure version avec l’autre, dans un cycle infini.

Le volcan de la colère doit être vu depuis son cratère et non pas depuis l’intérieur.

Libérer son âme passe par l’abolition des six émotions négatives que sont la colère, l’avarice, l’orgueil, le désir, la peur et l’ignorance.

Le jeu des espaces : atrophier par les autres implique la création de son espace interne. La vue engendre la libération des conditionnements externes à tout jamais.

Auteur : Charles Chaouat (Décembre 2016)

mercredi 11 janvier 2017

La question de l’Homme par la métamorphose à travers la traduction littéraire



La métamorphose, du grec « meta » : changement et « morfée » : forme, est un sujet qui intéresse et intrigue depuis l’Antiquité, de plus, la traduction professionnelle permet encore aujourd’hui d’en retranscrire la puissance. Les transformations de l’Homme peuvent être diverses, morales ou physiques, elles permettent à l’artiste d’exprimer son point de vue sur la condition humaine.

Tout d’abord, Ovide consacre plus de douze mille vers et quinze livres à La Métamorphose. À travers son long poème épique datant de l’an 1, l’écrivain romain se pose comme légitime héritier de la culture gréco-romaine. Son œuvre traduit un aspect inquiétant de la métamorphose qui y devient irrémédiable et qui scelle définitivement le destin des héros. Cependant, les causes de la transformation humaine sont diverses, due à une punition des Dieux mais également à une récompense. En effet, comme le sait tout bon traducteur littéraire, dans le mythe de Pygmalion, sa statue dont il est éperdument amoureux devient femme par l’intervention divine d’Athéna. Le procédé d’humanisation est alors intéressant, « statue animée rougit, ouvre les yeux », il remet en cause également le rôle et la place de la femme. Ce questionnement est parfaitement retranscrit par la traduction culturelle, qui ravive les archétypes. Ainsi, la métamorphose devient une porte d’accès à un monde inconnu, elle permet une échappatoire pour obtenir une vision nouvelle de l’univers qui nous entoure.

Ensuite, ce thème est repris bien des siècles plus tard par Kafka dans La Métamorphose. L’homme devient un insecte par une transformation rapide et inattendue. Contrairement à Ovide, celle-ci s’opère sans réelles raisons apparentes. Il s’agit d’un bouleversement absurde de la condition du héros qui devient inutile et marginal. Exclu par sa famille, il se métamorphose aussi moralement ne voulant plus vivre, n’étant plus humain. La déshumanisation d’un homme quelconque ouvre la réflexion sur l’existence elle-même, comme le souligne Kafka : « exprimons le désespoir de l’Homme devant l’absurdité de l’existence ». La traduction d’ouvrage doit alors permettre de faire naitre chez le lecteur les mêmes sentiments profonds que souligne l’auteur. Ici, l’homme ne se reconnait plus par ses actes et son apparence, de plus il n’existe plus aux yeux des autres et face à soit même, il ne voit qu’un « monstrueux insecte ». Ainsi, Kafka, à travers la métamorphose ouvre la réflexion sur la perception et de soi-même face au changement. Il remet en cause l’identité de l’homme par son apparence transformée, tout comme le mythe de Thésée

Enfin, le tableau surréaliste de Dalí, La Métamorphose de Narcisse peint en 1937, caractérise sa représentation du « poème paranoïaque ». Il s’agit d’un terme utilisé par le peintre pour décrire « une méthode spontanée de connaissance irrationnelle, basée sur l’objectivation critique des interprétations délirantes ». Ainsi, transposé dans une autre langue la subtilité de la pensée de Dalí requiert la maitrise et le savoir des traducteurs professionnels.  De plus, la représentation de l’homme comme il se perçoit dans cette œuvre, dénote une obsession pour lui-même. Comme le souligne Ovide, l’Homme est « éprit de son image » et ne peut se séparer de son reflet tout en se dépérissant. Cependant la métamorphose peinte par Dalí est peu claire et laisse le spectateur pensif. En effet, il est impossible de connaître le sens de la transformation : Qui est la fausse ? Qui est la vraie ? face de l’Homme et du traducteur.

Finalement, la métamorphose est un thème récurrent utilisé notamment au XX° siècle. Cette méthode permet de souligner, tout d’abord, les aspects négatifs de l’Homme : sa face cachée. Ensuite, la futilité et vulnérabilité de l’existence est mise en avant. Et enfin, l’artiste défet la perception que l’homme a de soi-même et sa volonté à se conformer. Tout comme dans Rhinocéros de Ionesco où la résistance face à la métamorphose dénonce le conformisme : « ce sont toujours les consciences isolées qui contre tous représentent la conscience universelle ».
La traduction permet alors aux artistes de véhiculer leurs idées dans le monde entier, et pour pouvoir en retranscrire la subtilité le traducteur d’ouvrage se doit d’être érudit et judicieux.